Après une année record en 2025, le commerce international entre dans une phase de ralentissement contrôlé. Géopolitique tendue, relocalisations stratégiques et fractures numériques redessinent les routes commerciales. Les pays du Sud cherchent leur voie entre résilience régionale et vulnérabilités persistantes.
2026 : moins de vitesse, plus de prudence
L’année 2025 a marqué un sommet historique. Le commerce international a dépassé les 35 000 milliards de dollars. Une belle performance. Mais 2026 s’annonce plus calme. La croissance ralentit. Sans s’arrêter complètement.
Les entreprises ne misent plus seulement sur le moins cher. Elles cherchent surtout le plus sûr. Un changement de cap profond. À Dakar comme à Hanoï, les importateurs ajustent leurs commandes. Ils privilégient désormais deux ou trois fournisseurs au lieu d’un seul. Même si cela coûte un peu plus cher.
Les frontières se referment doucement
Les droits de douane reprennent du service. Pas seulement pour protéger l’économie locale. Mais aussi comme arme politique. Les États-Unis en ont fait un outil central de leur stratégie industrielle. L’Europe suit avec ses taxes carbone aux frontières.
Résultat : les petits pays souffrent davantage. Prenez le Bénin ou le Burkina Faso. Leur économie repose sur quelques produits clés. Une hausse de tarifs à l’exportation les fragilise immédiatement. Ils n’ont pas la marge pour changer de débouchés du jour au lendemain.
L’Afrique mise sur ses voisins
Une lueur d’espoir vient du Sud. Le commerce entre pays en développement progresse vite. En 1995, seulement 38 % des exportations africaines partaient vers d’autres pays du Sud. Aujourd’hui, c’est plus de 50 %.
Au Sénégal, les usines textiles approvisionnent désormais le Nigeria et la Côte d’Ivoire. À Casablanca, les équipementiers automobiles livrent des pièces jusqu’au Ghana. Cette proximité géographique devient un atout. Moins de risques de rupture. Moins de délais. Et des coûts logistiques maîtrisés.
Le numérique creuse les écarts
Le commerce de services explose. Il a progressé de 9 % en 2025. Mais tout le monde ne profite pas du mouvement. Dans les pays riches, plus de six exportations de services sur dix passent par internet. Au Sénégal ou au Mali, ce chiffre tombe à moins de 20 %.
Un développeur à Montréal vend ses applications dans le monde entier en quelques clics. Son homologue à Bamako bute sur des connexions instables et des règles bancaires complexes. Ce fossé numérique menace de laisser sur le bord de la route toute une génération d’entrepreneurs africains.
Manger devient un casse-tête
Les denrées alimentaires restent le talon d’Achille. Près de 90 % des exportations de produits de base dans les pays pauvres sont des aliments. Or les marchés sont fragiles. Un conflit en Ukraine. Une sécheresse au Sahel. Une restriction à la frontière. Et les prix s’envolent.
À Abidjan ou à Yaoundé, les ménages modestes sentent chaque semaine la différence dans leur panier. Le riz, l’huile, le lait coûtent plus cher. Les gouvernements ont peu de marges pour amortir le choc. D’où l’urgence : garder les frontières alimentaires ouvertes. Même en période de crise.
2026, année de résilience
Le commerce mondial ne va pas s’effondrer. Mais il change de visage. Moins globalisé. Plus régional. Plus prudent.
Les pays qui investiront dans leurs routes, leurs ports et leurs compétences numériques tireront leur épingle du jeu. Ceux qui resteront spectateurs risquent la marginalisation. Le temps des choix stratégiques est arrivé. Pour tous.
