Des scènes inacceptables ont éclaté dans plusieurs villes marocaines après la défaite en finale. Des témoignages glaçants révèlent une réalité que personne ne veut voir.
La nuit où tout a basculé
Le coup de sifflet final retentit. 94e minute. Le but de Pape Gueye scelle le sort des Lions de l’Atlas. Dans le stade Prince Moulay Abdellah, le silence est assourdissant.
Dehors, à Rabat, quelque chose casse.
Des cris. Des klaxons furieux. Puis des bruits de casse. Des vitrines qui volent en éclats. Des commerces qui brûlent.
Des visages, pas des cibles
Youssef vend des fruits à Hay Riad depuis 2015. Il vient du Mali. Ce soir-là, il rangeait sa boutique quand trois jeunes sont arrivés.
« Ils n’ont rien dit », raconte-t-il, les mains tremblantes. « Ils ont juste tout renversé. Mes oranges, mes bananes, ma caisse enregistreuse. Comme si je n’étais pas un voisin. Comme si j’étais personne. »
À quelques rues de là, Amadou, étudiant en médecine à l’université Mohammed V, rentrait de la bibliothèque. Deux hommes l’ont bousculé violemment.
« Rentre chez toi », lui ont-ils craché au visage. Lui qui vit à Rabat depuis six ans. Lui qui soigne des patients marocains chaque semaine à l’hôpital Ibn Sina.
Les taxis qui refusent
Sarah n’a pas pu rentrer chez elle. Infirmière camerounaise, elle sortait de son service de nuit quand elle a appelé un taxi.
« J’ai appelé Indrive, à mon accent, le chauffeur m’a carrément raccroché au nez », témoigne-t-elle, encore choquée.
Elle a attendu une heure sur le trottoir près de l’Office chérifien des phosphates. Aucun grand taxi ne s’est arrêté. « Ils me regardaient, puis accéléraient. J’ai fini par marcher sous la pluie. »
Des dizaines de témoignages similaires ont circulé sur WhatsApp cette nuit-là. Des femmes, des hommes, bloqués dans les rues parce que leur peau était trop foncée.
Des commerces détruits
À Mohammedia, le salon de coiffure de Kwame a été saccagé. Vitrine brisée, fauteuils renversés, miroirs en morceaux.
« Je connais ces gens depuis dix ans », murmure Kwame, originaire du Ghana. « Ils venaient se faire couper les cheveux. Leurs fils aussi. Et ce soir, ils sont revenus avec des pierres. »
À Casablanca, dans le quartier populaire de Sbata, la petite épicerie de Moussa a brûlé. Moussa venait du Sénégal. Il vendait du riz, de l’huile, des conserves. Il connaissait tous ses clients par leur prénom.
Le silence du lendemain
Le matin suivant, les rues étaient calmes. Trop calmes.
Dans les cafés de la médina de Rabat, personne ne parlait de football. Les écrans de télévision restaient éteints.
« On a perdu un match », soupire Ahmed, un vieil homme assis devant la librairie Al-Adab. « Pas notre humanité. »
Mais la honte restait là, collée aux murs des bâtiments incendiés, aux vitrines brisées, aux visages marqués par la peur.
Des voix qui s’élèvent
Heureusement, toutes les voix ne se sont pas tues.
Des associations locales comme l’AMDH ont immédiatement condamné ces violences. Des collectifs de quartier à Hay Mohammadi ont organisé des rondes de solidarité.
« On accompagne nos voisins faire leurs courses », explique Fatima, une habitante du quartier. « Parce que c’est notre devoir. Parce que ce sont nos amis. »
La leçon à retenir
Un match dure 90 minutes. La défaite fait mal, c’est normal. Mais elle ne justifie jamais la haine.
La dignité d’un pays ne se mesure pas à ses victoires sportives. Elle se mesure à la façon dont il traite les plus vulnérables. Surtout quand il a mal au cœur.
Les images de cette nuit resteront. Pas celles du but de Pape Gueye. Mais celles des commerces brisés, des visages effrayés, des taxis qui refusent.
Et aussi celles de ceux qui ont dit non. Qui ont ouvert leurs portes. Qui ont accompagné leurs voisins sous la pluie.
Parce que l’humanité, elle, n’a pas de couleur.
