« Enfin des papiers » : l’Espagne offre un nouveau départ à 500 000 invisibles

Un pas vers la lumière
À Barcelone, dans le quartier de Sant Andreu, Maria range les tables de son petit café. Depuis trois ans, elle travaille ici. Sans papiers. « Je paie mes impôts en espèces », murmure-t-elle. Bientôt, tout pourrait changer. Le gouvernement espagnol vient d’ouvrir une porte. Une grande porte.
D’ici avril, près d’un demi-million de personnes comme Maria pourront demander leur régularisation. Il faut être arrivé avant la fin 2025. Et avoir passé cinq mois sur le sol espagnol. C’est tout. Pas de condition de métier, pas de quota par région. Valence, Séville, Madrid — partout pareil.
Pourquoi maintenant ?
Pedro Sánchez ne cache pas ses raisons. L’économie espagnole tourne à plein régime. Mais les bras manquent. Dans les champs d’Andalousie, les serres de Almería réclament des cueilleurs. À Madrid, les restaurants cherchent des cuisiniers. Dans les maisons, des aides à domicile. Selon le gouvernement, huit travailleurs sur dix qui ont fait repartir l’économie ces dernières années sont des immigrés.
Le chômage vient de tomber sous les 10 %. Pour la première fois depuis la crise de 2008. Et ce sont surtout les étrangers qui créent des emplois neufs. 52 500 nouveaux postes occupés par des migrants au dernier trimestre. Contre 23 700 pour les Espagnols.
La colère de l’autre camp
À Séville, Carlos, patron d’une petite entreprise de plomberie, fulmine. « On va récompenser ceux qui sont entrés illégalement ? Et moi qui ai fait les choses dans les règles ? » Il vote PP. Comme beaucoup dans sa famille.
Alberto Núñez Feijóo, chef du Parti populaire, parle de « politique insensée ». Santiago Abascal, de Vox, accuse Sánchez de « vouloir remplacer le peuple espagnol ». Des mots durs. Qui font écho dans les bars de province.
Pourtant, à Grenade, dans le quartier gitan de Sacromonte, on voit les choses autrement. « Ces gens, on les croise tous les jours », dit Luisa, retraitée. « Ils élèvent nos enfants, nettoient nos rues. Depuis quand on régularise pas ceux qui vivent déjà parmi nous ? »
Et après ?
La mesure entrera en vigueur en avril. Jusqu’au 30 juin, les dossiers seront acceptés. Pas besoin de passer par le Parlement — un décret royal suffit. Un choix pragmatique. Le gouvernement n’a pas la majorité.
La plupart des bénéficiaires seront latino-américains. Colombiens, Vénézuéliens, Équatoriens. Déjà présents, déjà intégrés. Souvent invisibles.
À Madrid, près de la gare d’Atocha, un centre d’accueil prépare déjà les dossiers. Des bénévoles trient des papiers. Des formulaires. Des photos d’identité. « On va enfin pouvoir respirer », dit Javier, venu du Honduras il y a quatre ans. Il travaille dans la livraison. Sans contrat. Sans sécurité.
Demain, peut-être, il aura un numéro de sécurité sociale. Un vrai contrat. Le droit de vivre, simplement, sans regarder par-dessus son épaule.

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