Vendredi dernier, 139 pays ont levé la main à l’Assemblée générale de l’ONU pour exiger qu’Israël ouvre enfin les vannes de l’aide humanitaire à Gaza. Une scène que j’ai vue se répéter tant de fois que je pourrais presque réciter le discours par cœur. Sauf que cette fois, le texte s’appuie sur un avis juridique récent de la Cour internationale de Justice. Un détail qui change tout ? Permettez-moi d’en douter.
Le vote était sans appel : 139 pour, 12 contre, 19 abstentions. La Norvège, qui a présenté le texte avec plusieurs autres nations, a mobilisé une majorité confortable. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité amère : depuis des décennies, les résolutions de l’ONU s’empilent dans les tiroirs sans jamais contraindre Tel-Aviv à modifier sa conduite. Cette nouvelle motion n’exige rien de révolutionnaire. Juste le respect du droit international, l’accès humanitaire immédiat et l’inviolabilité des bâtiments onusiens en Palestine. Le strict minimum, en somme.
Une diplomatie norvégienne qui sonne l’alarme
Merete Vihl Bratstad, ambassadrice norvégienne à l’ONU, n’a pas mâché ses mots avant le scrutin. Selon elle, 2024 figure parmi les années les plus sanglantes de ces trois dernières décennies. Et 2025 s’annonce pire encore. « Ce sont les civils qui paient le plus lourd tribut », a-t-elle martelé, pointant du doigt l’érosion flagrante des principes humanitaires.
J’ai été frappé par la franchise de ses propos. Bratstad a osé dire ce que beaucoup pensent tout bas : le droit humanitaire subit une pression colossale. Les règles internationales, censées protéger les populations en temps de guerre, sont piétinées jour après jour. La diplomate a aussi rappelé que l’avis consultatif de la CIJ devrait servir à « clarifier les responsabilités juridiques » d’Israël en tant que puissance occupante. Un euphémisme diplomatique pour dire : il est temps de rendre des comptes.
Le soutien palestinien : fierté et désillusion mêlées
Riyad Mansour, représentant de l’État de Palestine à l’ONU, a salué ce vote « massif » avec une fierté palpable. Il a souligné que la Palestine figurait parmi les parrains du texte, preuve du soutien international à la cause palestinienne. Mansour a évoqué le rôle indispensable de l’UNRWA, l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, dans l’acheminement de l’aide et la garantie d’une solution juste permettant le droit au retour.
Ses mots étaient empreints d’espoir. Trop d’espoir, peut-être. Car si le vote prouve que la majorité des nations condamne la politique israélienne, il ne garantit aucune action concrète. Combien de résolutions similaires ont été adoptées depuis 1948 ? Des dizaines. Combien ont été appliquées ? Presque aucune.
Le cycle infernal des votes sans lendemain
J’observe ce cirque diplomatique depuis assez longtemps pour savoir comment l’histoire se termine. Israël ignorera cette résolution, comme il a ignoré les précédentes. Washington bloquera toute tentative de sanctions au Conseil de sécurité. Les chancelleries occidentales émettront des déclarations de principe sans conséquence. Et Gaza continuera de suffoquer.
Le texte de vendredi rappelle pourtant des obligations claires : permettre l’accès humanitaire, respecter les infrastructures de l’ONU, se conformer au droit international. Des demandes qui devraient relever de l’évidence. Mais dans le bourbier politique du Proche-Orient, l’évidence n’existe plus.
La question demeure : combien de résolutions faudra-t-il encore avant qu’un mécanisme contraignant soit mis en place ? Combien de civils devront payer de leur vie l’inertie de la communauté internationale ? Et surtout, quand cessera-t-on de confondre indignation et action ?
