Exode diplomatique et appel au départ urgent
Alors que le pays sombre dans une crise multidimensionnelle, les capitales étrangères multiplient les appels au départ de leurs ressortissants. Après Washington, Moscou et Canberra, Paris a rejoint, dimanche, cette liste inquiétante en exhortant ses citoyens à « prévoir un départ temporaire du Mali dès que possible par les vols commerciaux encore disponibles ». Le Quai d’Orsay ne cache plus sa préoccupation : les routes terrestres, autrefois artères vitales du pays, sont désormais « la cible d’attaques terroristes » et considérées comme extrêmement dangereuses.
Ce signal d’alarme lancé par l’ancienne puissance coloniale n’est pas anodin. Il reflète une réalité de plus en plus alarmante : le Mali, quatre ans après le coup d’État militaire mené par le colonel Assimi Goïta, semble au bord de l’effondrement.
L’asphyxie économique orchestrée par les djihadistes
Depuis le début du mois de septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a imposé un véritable blocus autour des principaux axes logistiques du pays. Objectif ? Couper le Mali de ses approvisionnements en carburant, l’élément vital de toute économie moderne – et surtout d’une économie en guerre.
Les conséquences sont immédiates et dramatiques. Des villes entières, comme Mopti – peuplée de plus de 560 000 habitants –, sont plongées dans le noir depuis des semaines. Plus d’électricité, plus d’essence, plus de carburant pour les groupes électrogènes. Seuls quelques panneaux solaires permettent encore à l’hôpital local de fonctionner tant bien que mal. Les habitants, désespérés, se contentent de recharger leurs téléphones à l’énergie solaire, dans un quotidien de plus en plus précaire.
« On est pratiquement coupé de Bamako », témoigne Mohamed Sanous Nientao, ancien président de la section locale de l’UDD, parti dissous avec tous les autres en 2022. « Le prix du billet de bus a flambé, les routes sont aux mains des djihadistes, et il n’y a plus de travail. Jamais on n’a vécu cela à Mopti. »
Une population à bout, un État en déroute
L’impact humanitaire de ce blocus est en train de dépasser le cadre sécuritaire pour devenir une véritable crise sociale. Bakary Sambe, directeur du think tank Timbuktu Institute, souligne que l’objectif du JNIM est clair : « Asphyxier l’économie malienne pour affaiblir l’État et gagner du terrain. » Sans carburant, les pompes à eau ne tournent plus, les marchés se vident, les prix flambent, et l’insécurité alimentaire guette des millions de Maliens.
Face à cette débâcle, les autorités de transition peinent à réagir. Le colonel Goïta, dans une déclaration laconique en début de semaine, a assuré que « des solutions étaient en cours d’élaboration », tout en appelant les citoyens à « réduire leurs déplacements » et à « ne pas céder à la panique ». Un discours perçu comme déconnecté par une population qui, selon les mots de Nientao, « quémande une heure d’électricité par jour ».
Pendant ce temps, les comptes officiels sur les réseaux sociaux continuent de diffuser un récit guerrier optimiste, vantant des « offensives fructueuses » contre les groupes terroristes. Mais sur le terrain, c’est une autre réalité qui s’impose : les djihadistes avancent, les civils fuient, et l’État recule.
Vers un scénario cauchemardesque ?
Pour la première fois depuis 2013, les menaces terroristes pèsent directement sur la région de Bamako. Si rien ne change rapidement, la capitale malienne pourrait bien devenir la prochaine cible d’une offensive djihadiste. Dans ce contexte, la communauté internationale observe avec anxiété l’évolution de la situation, tout en réduisant progressivement sa présence sur le terrain.
Le Mali, autrefois présenté comme un rempart contre le terrorisme dans le Sahel, semble aujourd’hui livré à lui-même – ou pire, aux mains de ceux qu’il combattait autrefois. La junte, isolée diplomatiquement, économiquement à l’agonie et militairement dépassée, risque de ne pas survivre à l’engrenage dans lequel elle s’est elle-même enfermée.
