Un gel immédiat, sans exception
Aucun nouveau dossier ne sera traité. Même ceux déjà en cours d’instruction sont mis en pause. Selon un document interne de l’USCIS rendu public cette semaine, les ressortissants de 19 pays — principalement d’Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient et d’Amérique latine — ne peuvent plus, à compter de mardi, déposer de demande de « carte verte » ou entamer une procédure de naturalisation.
Cette décision intervient moins d’une semaine après qu’un tireur, originaire d’Afghanistan et entré légalement sur le sol américain, a ouvert le feu sur des membres de la Garde nationale à Washington, faisant un mort et un blessé grave. L’affaire a ravivé les craintes d’une infiltration terroriste via les circuits migratoires officiels.
Des listes qui s’allongent
La majorité des pays concernés — Afghanistan, Iran, Somalie, Yémen, Libye, Soudan, Érythrée, Birmanie, Congo, Guinée équatoriale, Haïti et Tchad — étaient déjà soumis à des restrictions depuis plusieurs mois. Mais cette fois, Washington élargit le périmètre : Burundi, Cuba, Laos, Sierra Leone, Togo, Turkménistan et Venezuela sont désormais ajoutés à la liste noire.
Officiellement, il ne s’agit pas d’une interdiction d’entrée, mais d’un gel administratif. Pourtant, dans les faits, les candidats à l’immigration de ces pays se retrouvent bloqués indéfiniment, même s’ils ont déjà passé tous les contrôles de sécurité. Pire : certains dossiers approuvés depuis janvier 2021 pourraient être réexaminés, voire annulés.
Des mots qui font mal
Le ton employé par les responsables de l’administration ne laisse guère de place au doute. Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, a qualifié sur les réseaux sociaux certains immigrants de « sangsues » et de « menaces cachées », appelant à « fermer les vannes tant qu’il est encore temps ».
Donald Trump, quant à lui, a ciblé spécifiquement les Somaliens lors d’un discours à Phoenix : « Je n’en veux pas ici. Point final. » Des propos vivement condamnés par Jacob Frey, le maire de Minneapolis, où vit l’une des plus importantes communautés somaliennes des États-Unis. « Nous ne laisserons pas la peur dicter nos principes », a-t-il rétorqué.
Des vies suspendues
Derrière les déclarations politiques, des milliers de destins sont en suspens. Des infirmières, des étudiants, des travailleurs qualifiés, parfois installés depuis des années aux États-Unis, voient leur avenir brutalement gelé. « On a des gens qui ont appris l’anglais, payé leurs impôts, élevé leurs enfants ici… et qui, du jour au lendemain, sont traités comme des suspects », déplore Aaron Reichlin-Melnick, chercheur au sein du American Immigration Council.
Plusieurs avocats spécialisés redoutent un glissement vers une immigration « à deux vitesses » : d’un côté, les talents économiques bienvenus ; de l’autre, les réfugiés et les plus vulnérables, désormais perçus comme des risques.
Et après ?
L’administration insiste : il ne s’agit que d’une « pause temporaire », le temps de « renforcer les filtres et réviser les protocoles ». Mais beaucoup y voient un virage durable vers une politique migratoire réservée aux « profils compatibles ».
Entre les tribunaux, les ONG et l’opinion publique, le bras de fer ne fait que commencer. En attendant, les frontières américaines se resserrent — et avec elles, peut-être, l’idée même du rêve américain.
